Deception Island (ligne de dérive)

Concept

L’expédition antarctique belge (1897-1899), initiée par Adrien de Gerlache, a été un épisode audacieux de l’exploration de l’Antarctique. Après avoir approché de nouvelles terres et fait de nombreuses découvertes scientifiques, Adrien de Gerlache décide de continuer vers le Sud, alors que le reste de l’équipage s’y oppose et aurait préféré faire demi-tour pour sécuriser leurs découvertes scientifiques. Malheureusement, peu après, le bateau se retrouve coincé dans les glaces pendant près de treize mois. Durant cet hivernage forcé, le manque de lumière de la nuit polaire cause de nombreuses carences ou maladies et même des cas de démences, au sein de l’équipage.

Le New Belgica est le projet de construction d’un nouveau bateau, identique au Belgica, le bateau original de l’expédition qui s’est échoué dans les fonds marins norvégiens. Ce projet a une dimension sociale importante: les ouvriers, qui reçoivent une formation pour le reconstruire, sont des chômeurs de longue durée ou des prisonniers qui pourront être ensuite réinsérés dans la société après l’avoir été dans le monde professionnel, grâce à  ce projet. Mon film a été tourné sur ce site de reconstruction, qui a une valeur symbolique forte. Le concept du film consiste à rejouer, en silence, les gestes quotidiens de l’hivernage, dans la structure de bois non terminée du New Belgica, dans une atmosphère nocturne et inquiétante. Les acteurs lisent en voix-off les récits de voyage des membres de l’équipage (Adrien de Gerlache, Frederick Cook,…) qui illustrent leurs visions très différentes sur ce moment crucial du voyage. Les sons de glaces, qui se contractent, ont été ajoutés afin de créer une atmosphère tendue, jouant avec les codes du film d’horreur.

 Ce squelette de bateau est une métaphore de la mémoire, en construction, fragmentée et incomplète. Le but du projet est d’immerger le spectateur dans un univers maritime et mystérieux: cette oeuvre hybride - à mi-chemin entre performance et film - nous interroge sur nos capacités de survie en conditions extrêmes et nos facultés de résilience.

Processus

Le film Deception Island est projeté sous forme d'une installation constituée de trois écrans synchronisés. Devant ces écrans, une large sculpture est visible pendant les passages blancs du film. Elle représente le tracé sinueux de la dérive du Belgica pendant son hivernage en Antarctique. Paradoxalement, même si les membres de l'équipage avaient l'impression de rester immobiles, un relevé des données astronomiques leur indiquait qu'ils bougeaient continuellement, mais vers où?

Ce projet a été réalisée pendant ma résidence au FabLab d'iMAL, voici un résumé du processus créatif mis à l'oeuvre. Tout d'abord, le tracé précis a été réalisé avec un historien spécialisé sur le sujet, Olivier de Schrevel, avec lequel nous avons recoupé plusieurs sources afin de vectoriser le trajet de la dérive pendant ces treize mois d'hivernage. J'ai ensuite découpé ce tracé en quarante-quatre modules combinables et les ai découpés dans du multiplex de bouleau de 6mm avec les paramètres suivants > vitesse: 6, puissance: 100. Enfin, j'ai traité le bois avec une teinture proche de celle du noyer, le bouleau était parfait pour une belle découpe, mais je désirais une teinte plus foncée, afin que la couleur soit la même que celle du parquet où j'exposais ce projet.

Ce projet a été exposé à Bozar, dans le cadre de l'exposition Tendencies, à l'occasion du Brussels Electronic Arts Festival. L’exposition Tendencies ambitionne la mise en exergue d’œuvres qui questionnent autant qu’elles incorporent des innovations scientifiques et technologiques. Elle entend ouvrir le champ de réflexion sur ces liens et souligner les analogies structurelles entres les créateurs de champs distincts et complémentaires.  Pour cette seconde édition, elle dévoile et valorise le travail de six artistes féminines émergentes ou confirmées qui sondent des protocoles et paradigmes innovants dans les domaines de la création artistique, scientifique et technologique. Tendencies rassemble ainsi des signatures contrastées de quelques-unes des voix les plus intrigantes du secteur artistique belge. Cette édition est organisée en partenariat avec NOVA XX (Stéphanie Pecourt - curatrice) - concours international dédié à l’innovation technologique, scientifique et artistique à l’aune du féminin et à l’ère de la Quatrième révolution industrielle - initié par les Halles Saint-Géry/Bruxelles.

Arrêts sur image

Info

FabLab residency

Date: September 2017

Last updated: 9 weeks ago

Admin